Le temps de la foi…
- sylviegueroult
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Ne me secouez pas, je suis plein de larmes.
Henri Calet
Ces derniers mois, nous assistons à l’émergence d’une autre forme d’amitié, une amitié virtuelle qui utilise l’intelligence artificielle. La start-up américaine Friend.com propose à la vente un collier avec la promesse d’un ami numérique. Son fondateur est Avi Schiffmann, ancien étudiant de Harvard et jeune développeur web américain, âgé de 23 ans. Il est principalement connu pour avoir créé un site de suivi du Covid pendant la pandémie.
Ce curieux collier haute technologie offre un soutien émotionnel et une présence en continu. Il dispose d’un micro intégré, en permanence connecté à l’environnement de la personne. Digne du roman dystopique d'Orwell 1984, il répond à ses moindres requêtes en envoyant des messages sur son téléphone, via une application.
Pourtant, ce n’est pas se sentir faible que de demander de l’aide à un moment précis de sa vie. Communiquer avec une intelligence artificielle, ne me semble pas salvateur, bien au
contraire. Elle comporte des risques multiples, tel que l’isolement. La présence humaine dans toute la richesse qu’on lui connait, me paraît essentielle pour partager un dialogue
constructif et porteur de sens.
« Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l’évier » ; « Je regarderai tous les épisodes avec toi » ; « Je serai toujours d’accord pour prendre un café n’importe où dans Paris »… Depuis quelques semaines, les couloirs du métro parisien affichent des publicités sobres, mystérieuses, en nuances de gris. On y voit une sphère blanche suspendue à un cordon, accompagnée d’une de ces phrases accrocheuses qui piquent la curiosité. Ces bannières sont régulièrement arrachées ou taguées et cela quelque soit la station de métro.

Se sentir en sécurité physiquement et émotionnellement, croire en soi. Avoir besoin d’un « allié » en permanence pour être rassuré, voici l’offre de ce fameux collier. L’assistanat
s’immisce de plus en plus dans notre vie, parfois subrepticement. Prendre une décision pour nous même peut devenir un véritable casse-tête.
Rassurons-nous, aux États-Unis, le produit est un échec commercial avec seulement 3.000 colliers vendus les huit premiers mois, et cela malgré une campagne publicitaire de plus d’un million de dollars dans le métro new-yorkais.
Avec les outils omniprésents qui sont aujourd’hui à notre portée, notre réflexion est abimée, notre esprit critique endormi. L’information est partout, tout le temps, sur tous les canaux. Il suffit juste d’un clic. Le pouvoir de l’immédiateté au détriment de la réflexion longue, de la digestion des informations, de la comparaison des sources, du débat. L'IA va toujours aller dans votre sens, sens qui n'est pas toujours celui qui vous fait du bien.
La sensation de vide intérieur et de perte de sens, dans différents secteurs de notre vie, conduit bon nombre de personnes à reconvoquer une croyance, qu’elle soit religieuse
ou spirituelle. D’où le titre choisi pour cet article. A mon sens, nous en avons besoin pour traverser l’époque et notre quotidien. La joie de tenter de nouvelles expériences sans enjeu particulier. Essayer simplement, avec curiosité, allant et entrain, sans avoir peur de l’échec ou du jugement. Cultiver le fait d’apprendre à son rythme, en douceur. Aimer se perdre, flâner, penser en arborescence, être animé par le plaisir de tourner les pages d’un livre, qu’il soit récent ou ancien.
Je me souviens de cette encyclopédie, en plusieurs volumes : Tout l’Univers, présente dans de nombreux foyers. Nous étions obligés alors de prendre un livre en main pour faire une recherche ! Attention, je ne dis pas que « c’était forcément mieux avant », mais il me semble que l’acte de chercher n’a plus la même saveur, ni la même odeur. Le saviez-vous? Il existe un mot pour le fait d'aimer l'odeur des livres: la bibliosmia.
Si nous sommes dans la joie, gardons-nous de porter nos pensées au-delà du présent.
Horace



















Commentaires