Le regard des autres, le regard à soi
- sylviegueroult
- 23 déc. 2025
- 4 min de lecture
Nouveau mois, nouvelle thématique.
Chères lectrices, chers lecteurs, je vous espère en forme, en cette fin d’année quelque peu… mouvementée. En ce 21 décembre, il me tient à cœur d’aborder dans ce nouvel écrit le regard que peuvent porter les autres, sur ma profession de femme de ménage.
Nous nous sommes tous demandés au hasard d’une rencontre quel métier exerçait telle ou telle personne ? Généralement, cette question est rapidement posée au cours d’une première discussion. Innocemment, nous questionnons l’autre : « je suis curieuse mais, au fait, tu ne m’as pas dit quel est le métier que tu exerces en ce moment? »
Il me semble alors, qu’irrémédiablement, notre réalité professionnelle détermine le comportement de la personne en face de nous.
Si je me permets de dire que je suis avocate, alors que je suis femme de ménage, indubitablement le regard porté à ma personne sera différent. Ce réflexe humain est un stéréotype profondément enraciné dans notre inconscient collectif. Les comportements diffèrent selon notre catégorie socio-professionnelle. Comme si notre métier déterminait forcément notre personnalité, notre intelligence.
J’en ai fait les frais plusieurs fois dans ma vie ! Prouver aux personnes en face de moi que je suis comme eux. Il faut alors avoir de l’aplomb, ce qui n’est pas toujours aisé. Un simple regard peut nous désarçonner.
Je suis consciente de la non considération des métiers dits de “petites mains”, alors, arborant un sourire narquois, je réponds simplement je suis femme de ménage.
Devant moi se profile une classe plus aisée. L’hypocrisie et le malaise s’installent souvent, et la comparaison avec leur employée de maison est vite opérée. “Ah ! Tu es en quelque sorte comme Martine, qui vient nettoyer la maison deux fois par semaine !”.
Le faux-semblant est de rigueur, l’éducation l’exige, il est nécessaire d’avoir de l’humilité en toute circonstance !Oui c’est vrai je suis comme elle, je n’ai pas honte. C’est une façon de me mettre à ma place, si place il y a dans pareil contexte.
Généralement, j’acquiesce le propos sans tenter de me justifier, je sais alors que nous sommes dans le dominant, dominé. Ce rapport de force ne m’intéresse pas. Avec le temps,j’ai appris à me détacher de ce regard si malsain. Mais je dois avouer que j’ai souffert de toutes ces réflexions. “Voici ta réalité, tu ne fais que récurer”. Grâce à un long et patient travail sur moi-même, cette réalité ne m’atteint plus. Ce type de discours ne m’appartient pas. Chacun est responsable de ses actes. Je ne peux que souhaiter à ces personnes de jeter un œil à l’essai philosophique de Voltaire : “Le traité sur la tolérance”.
Et puis, après tout, il faut de tout pour faire un monde !
Je ne souhaite plus être heurtée par ces regards désobligeants, même s’ils sont omniprésents dans mon quotidien. Let it be, écrivait Paul McCartney.
Il n’est pas rare que ma condition sociale me rattrape par surprise: un congédiement lors d’une conversation, un employeur qui prépare un café sans m’en proposer, des messes basses à mon insu…. Il m’est nécessaire d’essayer de faire abstraction de cela, je m’efforce de me dire que je suis à ma place. Travailler son ancrage, c’est revenir à soi.
Mon activité professionnelle nécessite un lien plus ou moins fort en fonction du besoin et de l’implication des employeurs. Jauger mon engagement personnel est souvent chose délicate. J’ai tendance à « marcher sur des œufs ». Lors d’une conversation, je me méfie de moi-même, je reste sur mes gardes, un employeur reste un employeur, ce n’est pas un ami. Je ne dois surtout pas l’oublier, même si l’ambiance est bienveillante. Le regard est là. Qu’importe le contexte et l'ambiance, je ne souhaite pas être plus que ce que je suis venue faire dans ces familles.
Il me tient à cœur de rester distante quant à ma vie privée, ce qui n’est pas toujours chose facile. La curiosité pointe souvent le bout de son nez, mais j’essaie d’esquiver tant bien que mal le questionnement sur ma vie. J’en révèle le moins possible. Mes employeurs n’ont pas à connaître mes activités en dehors des heures de travail. Ils n’ont d’ailleurs aucune connaissance de l’existence de ce blog !
Je préfère préserver mon jardin secret, tout en cultivant mon authenticité.
Quelque soit la personne ou la situation, il est impératif de se rappeler en permanence que pour acquérir un juste équilibre en soi, il est nécessaire de rester dans le « donner et le recevoir » que ce soit dans sa réalité professionnelle ou personnelle. Ce que je reçois en retour doit être à la hauteur, je mérite mieux. Choisir de vibrer haut, faire les choses avec sincérité et se traiter avec respect. Si vous n’appliquez pas cette règle à vous-même et que vous avez l’impression de donner et recevoir des « miettes » en échange de votre investissement, vous êtes dans une posture de dette envers vous-même.
Je vous souhaite de cultiver la bienveillance. Nous méritons des relations qui nous élèvent, qui nous nourrissent. Du courage, de la justice sociale, de l’empathie, de la douceur dans l’effort… tels sont les ingrédients nécessaires, selon moi, en cette période hivernale où la fracture sociale s'accroît toujours plus. A ce sujet, je vous conseille le visionnage de la comédie française de Louis-Julien Petit, « Les Invisibles ».
“Un jugement trop prompt est souvent sans justice.”
Voltaire.



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